Jean-Louis Thiériot: «Sommet de La Haye, européanisation de l’Otan et dissuasion française»
Alors que les États-Unis ont les yeux toujours plus rivés vers l’Asie, l’Europe doit se préparer seule au scénario d’un conflit de haute intensité sur son territoire, estime Jean-Louis Thiériot, l’ancien ministre délégué aux Armées et aux Anciens Combattants, à l’approche du sommet de l’Otan.
Le sommet de l’Otan qui se tiendra à La Haye le 24 juin, est une étape clé de la reconfiguration de l’architecture de sécurité collective européenne. Il a une dimension politique et militaire. Il pose aussi la question de la place de la dissuasion nucléaire française. Politiquement, il permettra d’y voir sans doute un peu plus clair sur l’ampleur du désengagement américain. Abstraction faite de l’imprévisibilité de Donald Trump et de ses propos très durs sur le manque d’appétence des Européens à « partager le fardeau » des dépenses de défense - sur ce point, on ne peut lui donner totalement tort -, il est inévitable. Depuis le président Obama, le shift vers l’Asie est bien engagé. Le Pacifique est le cœur de l’économie monde. Dans un contexte de tensions croissantes en mer de Chine, les yeux de Washington sont durablement tournés vers Pékin.Dans l’hypothèse d’un conflit de haute intensité concomitant en Asie et en Europe, il n’est pas besoin d’être grand clerc pour deviner dans quelle direction se ferait la bascule d’effort américain. De surcroît, il est peu probable que les États-Unis risquent New York ou Los Angeles pour sauver Vilnius ou Varsovie. Nous savons que l’Europe peut être seule. Le chancelier Merz, pourtant d’un pays très atlantiste a lui-même reconnu que l’automaticité de l’article 5 n’était pas garantie. L’enjeu est de préserver le lien politique transatlantique. Il est aussi de gagner du temps pour mettre en place une « autonomie stratégique européenne » dont la France depuis 2017 se fait l’infatigable apôtre. Il s’agirait d’une européanisation de l’Otan, car nul ne peut concevoir de bâtir de toutes pièces un outil militaire, alors qu’existe le commandement intégré, fort de 15.000 personnels. Il s’agira, progressivement de remplacer les moyens et les personnels américains (300.000 hommes aujourd’hui) au sein des états-majors et de renforcer les armées nationales, car à quelques exceptions près (avions-radars par exemple) l’Otan ne dispose pas de moyens militaires propres. C’est là que se pose le défi capacitaire et budgétaire.
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